FX ultra : Chronique du bout du monde – MDS Pérou jour 7 aka le jour le plus long

FX ultra : Chronique du bout du monde – MDS Pérou jour 7 aka le jour le plus long

1er décembre : Plus c’est long plus c’est bon

Saperlipopette, quelle étape c’était ! J’ai vraiment dû aller la chercher celle-ci. Bon, c’est de ma faute, je n’avais pas couru depuis un mois et y suis allé complètement à l’expérience. J’ai vraiment pris la bonne décision en ne décidant pas de courir toute la course car je ne me serais pas beaucoup amusé sur les dernière étapes je pense. Je vais essayer de vous résumer du mieux que je peux cette étape longue de 68,4km qui a mené les 229 participants restants au bord de l’océan avec une vue imprenable. Enfilez vos sac à dos et vos lunettes, top départ.

Avant de partir, petite spécifité à préciser: les 50 premiers au général ne partiront que 2h après nous, simples mortels. J’en profite donc pour me mettre en première ligne et faire le cake pour les photos. Un moment pareil, ça ne m’arrivera pas souvent dans ma petite vie de trailer je pense.

Mon pari avec Geminidas (6ème du classement général) est le suivant: il a 4h pour me rattraper et paye sa bière s’il n’y arrive pas. Je vous en reparle un peu plus bas. Le départ est donné sur « Right here, right now » de Fatboy Slim qui est une de mes chansons préférées EVER donc je suis très très chaud d’entrée. Après quelques mètres, me voilà 3ème !

Je me calme un peu et adopte mon rythme de croisière sur le plat, quelque chose comme 8min au kilo. Oui c’est le désert ici, pas le bitume parisien, donc cette moyenne est considérée comme  »rapide ». Les 12,5 premiers kilomètres de la course sont complètement plats et il serait dommage de ne pas en profiter. En parlant de profiter, ce qui nous entoure est proprement hallucinant. Ces dunes de sable, le ciel bleu, l’horizon à perte de vue, c’est totalement grisant. Le sable est dur sur cette portion, impossible de ralentir quitte à le payer plus tard.

Je passe au premier check point en 8ème position, tout va bien. Un court arrêt pour me rafraîchir et je m’élance vers la partie la plus funky de la course: les dunes de sable. Autant vous le dire tout de suite, sans bâtons, ça s’est avéré un brin compliqué d’avancer. La chaleur est écrasante alors que la montre indique 10h du matin et chaque dune est un calvaire. Je fais un pas, m’enfonce et recule de trois. Je parviens à m’extirper préniblement de cette portion longue de 4-5km et tombe sur mes collègues journalistes / photographes qui mitraillent à tout va et m’encouragent, ça fait du bien. Autour de moi, les autres coureurs ont aussi l’air de s’éclater et le brassage des nationalités est toujours sympa à observer : des anglais avec des irlandais, un canadien avec un sud-af, bibi avec des péruviens qui ne comprennent pas mon espagnol niveau Dora (« soy Pancho, un periodista frances y tu ? Mi espanol es no bueno desculpa haha »).

Un fois arrivé au checkpoint numéro, c’est le début de la fin des haricots (elle est pour toi celle-là Bernard Pivot). Je dois prendre une pause de 25min car je suis cramé. Malgré la casquette, une bonne hydratation et une bonne alimentation, j’ai pris très cher dans les dunes et suis en surchauffe totale. Le fait d’être parti avec la tête de course y est aussi pour quelque chose. La gentille infirmière me demande comment ça va et je lui dit simplement « qu’une petite bière fraîche ferait du bien à tout le monde là clairement » ce qui fait beaucoup marrer les deux gallois à côté de moi. L’un d’eux me fait « you should do as I do, trick your body into thinking it’s not here ». Well thanks for the tip Matthew, it’s complete garbage haha

Arrive ensuite la pire portion de course que j’ai jamais vécue de toute ma vie de coureur. Je pèse mes mots, j’ai couru dans des bidons-villes en Inde qui étaient plus sympas à traverser. En gros, vous avez une immense descente (ceux qui me connaissent savent à quel point je kiffe cet exercice) et au loin, très au loin, vous pouvez apercevoir la montée vers le prochain checkpoint. Sauf qu’au milieu, c’est une espèce de plaine en faut-plat montant inclinée à genre 2-3% sur le côté sur plus de 5km ce qui donne l’addition suivante >>> appuis inégaux + vent + chaleur = looooooooooooooooooooongue marche très pénible. Et c’est à ce moment-là que Geminidas se pointe, à 12km/h et me tape dans la main en se marrant: « Hey FX, how’s it going man ? Looks like I’ve won the bet haha ». Je regarde ma montre, 25km et 4h08 de course. Il est donc 11h53 et le mec vient de faire autant que moi en presque deux fois moins de temps alors que je suis dans le top 10 des  »moins rapides »… J’ai envie de dire qu’on en attend pas moins d’un mec qui a gagné l’Ultra-Trail World Tour l’année dernière.

Dans la foulée, Erik Clavery (5ème au général) et Regio Quispe (2ème au général) suivent, ainsi que Rachid El Morabity (1er au général) et Julien Chorier (4ème au général). Ces mecs ne sont pas humains. La première féminine, Nathalie Mauclair, ne me double que 45min après. Après cette interminable traversée, je me pose pendant 20min au CP3 pour reprendre des forces. Un truc marrant se passe là-bas, l’équipe médicale te donne un truc qui ressemble à une barre de chocolat dans un emballage blanc et quand tu l’ouvres Ô surprise, c’est un bâton lumineux à craquer. On leur a tous fait remonter l’info que c’était pas très cool niveau moral parce que le chocolat on est pas près d’en remanger pour le moment.

Je vous épargne la fastidieuse description des kilomètres 35 à 50 car elle peut se résumer en une phrase: j’ai eu des vilaines douleurs d’estomac à cause de la chaleur, j’ai marché tout le long car le terrain était pourri (mais les alentours magnifiques) et un vent de face à 50km/h nous soufflait dans la tronche. Enfiler une Gore-Tex par 25 degrés ce fût une première pour moi !

Arrive le plus bel endroit de la course, cette descente vers la plage au 51ème kilomètre. J’ai eu la chance d’y arriver au moment du coucher du soleil et je pense sincèrement que chaque coureur devrait gérer sa course pour arriver pile à ce moment-là tellement c’est « magnifaïk ma chériiiie ». Déjà, le reflet du soleil sur l’océan, puis les changements de lumière dûs aux nuages donnent un mélange juste parfait pour les photos. Un de mes nouveaux potes photographe sur place (Hola Josué) en a d’ailleurs pris une extraordinaire de ma modeste personne mais n’a pas encore pu me l’envoyer.

Et pour en finir avec cet endroit extraordinaire, une descente de 2km dans une dune à genre 15% que j’ai dévalé comme un labrador qui court après une balle de tennis. J’ai cru que j’allais me tuer mais quel pied ! Dommage que le réseau pourri ici m’empêche de vous montrer la vidéo.

Une fois en bas, je retrouve Fredrik qui me remotive pour la suite (je croyais être 5km plus loin suite à une grosse défaillance de ma Garmin) et repars vite vers la fin de course, la pire partie en l’occurrence. 5km à marcher dans le sable mou le long de l’océan suivis de 5km PUTAIN DE KILOMETRES DE MONTEE SUR LA PLUS HAUTE DUNE DE SABLE DU MONDE. A ce moment-là, les paysages ne suffisent plus à te remonter le moral. Tout le monde me double, je m’arrête tous les 100m pour récupérer et hurler au ciel à quel point  »je suis fortement mécontent » d’être ici et j’ai l’impression que cette dune ne s’arrêtera jamais. Chaque fin de bosse est signalée par un marquer luminescent vert et tu en découvres un nouveau au loin en hauteur à chaque fois, c’est déprimant au possible. C’est à ce moment-là de la course que ma préparation inexistante s’est fait ressentir. J’étais bien mieux sur les pentes des Alpes lors de la CCC il y a 3 mois. Arrive la libération et le dernier checkpoint avant l’arrivée. L’infirmier présent m’annonce que maintenant c’est 7km de descente et je fonce direct sans même remplir ma gourde.

Je crois que j’ai mis 40min à descendre et doublé une trentaine de coureurs. Tous ceux qui m’avaient dépassé dans la montée en fait. C’était vraiment un gros kiff de finir comme ça, en entendant l’océan au loin. Tu arrives et découvre que le bivouac est à 200m à peine, il y a comme un côté vacances à poser sa tente là, si près de l’eau. Je vous mets une photo prise le lendemain pour que vous voyiez bien le truc:

Il est 22h et il y a encore pas mal de monde arrivé avant moi posé simplement près de la ligne d’arrivée, avec une bouteille d’eau à la main. Je m’arrête donc pour discuter un peu de leurs impressions de course avant de filer vers la tente presse et de m’avaler une Cusquena bien fraîche (+ 1 autre dans ma tente discretos en allant me coucher 2h plus tard).

Voilà pour le pavé consacré à cette étape, 14h et des bananes et le sentiment du devoir accompli. J’en ai pris plein les yeux et les jambes et ai découvert ou redécouvert des paysages vus cet été avec ma famille. Je peux désormais affirmer que, comme journaliste / bénévole / cuistot ou coureur, cette épreuve en vaut vraiment la « pain ».

Hasta luego chicos,

Pancho

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