Courir ou mourir… et faillir

Courir ou mourir… et faillir

L’échec n’est pas chose facile à accepter. Quand on se fixe un objectif, on ne veut pas imaginer un seul instant qu’il ne soit pas atteint de quelque manière que ce soit. On se donne donc les moyens d’y parvenir, on s’organise, se motive pour mettre toutes les chances de son côté. Voilà pour la théorie.
En pratique les choses peuvent s’avérer différentes et ce fût le cas pour moi ces derniers mois. Cela m’a mené à un échec donc, le week-end dernier sur les magnifiques sentiers montagneux du bien-nommé Corfu Mountain Trail, en Grèce.

Ce beau bébé de 104km et 4200m de dénivelé positif et négatif (on l’oublie trop souvent), je le connaissais. Il était coché depuis début octobre 2017 dans mon calendrier puisque j’étais venu en reconnaître le parcours en compagnie de l’organisation de la course et de quelques journalistes. J’avais identifié le terrain technique prêt à te bousiller les chevilles à la moindre innatention, les conditions difficiles de chaleur et d’humidité, l’élévation du terrain autrement plus forte que ce sur ce quoi je me préparais près de chez moi à Edimbourg, en Écosse. Et malgré cet avant-goût en guise de piqûre de rappel, j’ai trouvé le moyen de me pointer en touriste et l’ai donc payé cash en abandonnant au 83ème après 17h d’effort, malgré une belle combativité (vomissements répétés depuis le 50ème). Se battre contre soi-même sur un ultra c’est la moindre des choses vous me direz.

Le mental ne fait pas tout

Ce moment, je l’avais déjà vécu à Chamonix début septembre 2017 lors de la CCC, une des courses de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc. Quasiment la même distance et le même dénivelé mais de la flotte, du froid et une altitude oscillant entre 2 et 3000m en prime. Malgré une préparation moyenne (peu de volume mais 3 semaines de rando à 4000m entre Pérou et Bolivie juste avant), cela avait failli passer. Ma piètre gestion du sommeil les jours précédants et un mental défaillant auront eu raison de moi à… 20km de l’arrivée après 20h de course. Tiens, tiens, est-ce qu’on ne tiendrait pas une mauvaise habitude ici ?

Malgré la déception, j’avais réussi à relativiser et pris confiance en mes capacités. Se dire qu’on échoue si près quand on pense partir de si loin sur une course aussi difficile, finalement, c’est presque une réussite et une satisfaction. Et c’est là qu’est l’erreur !

De l’importance d’y croire… et de se remettre en question

Sur aucun de ces deux événements, je ne suis parti avec la conviction totale et absolue que j’irai au bout. J’ai trop compté sur mon fighting spirit, mon expérience de la course et le plaisir que j’y trouve pour ‘’tenter’’ d’y arriver >>> « J’ai terminé un 100 miles en 50h, sans eau pendant les 5 premières heures de la course, dans le désert de sel le plus grand du monde en Inde, pourquoi je n’irais pas au bout ici ? »
Sauf qu’en partant en se disant « on verra bien ça peut ptet le faire », on insère le doute dans son esprit dès le départ et on se dit par la même occasion que ça ne serait pas la fin du monde de ne pas finir. Tu as beau te battre, tu pars presque battu d’avance. Autrement dit, tu t’en bats les couilles et #YOLO. Ça n’est pas sérieux.

Je vous parle ici de mon petit nombril et le monde ne tourne pas autour, c’est certain. Vous allez me dire que claquer des 20h d’effort avec 4000m de D+ sans prépa sérieuse c’est plus que bien des gens aimeraient, ok je l’entends. Mais mon petit nombril, ça ne lui va pas d’être presque-finisher et de passer pour un gland quand au final, 80, 90 ou 100km, ça fait qu’il est DNF(X) quand même. Surtout quand on l’invite sur des courses et que des gens croient en lui. Coucou Gaël Couturier.

J’ai « courir ou mourir » tatoué sur le bras nom d’une pipe, et pour de bonnes raisons ! Je n’ai pas surmonté une hernie discale qui m’a mis 1 an sur le flanc à 24 piges pour donner raison à Coubertin derrière. Oui parce que je pense que « l’important c’est de participer » est une immense connerie, mais cela n’engage que moi. Il faut que je me secoue pour être à nouveau à la hauteur de la formule et de mes propres ambitions. *auto-flagellation over*

« Why do we fall Bruce? So we can learn to pick ourselves up. »

Ce que je vous raconte là, tout le monde l’a vécu et on ne va pas s’amuser au petit jeu du kikimètre. On peut être tout aussi déçu et en colère si on se rate sur un 10km que l’on préparait depuis 6 mois, à en vomir sur chaque séance de fractionné. Ce n’est pas propre qu’à l’ultra ni même au sport en général, fort heureusement. Le tout est d’arriver à se poser les bonnes questions et d’identifier d’où vient le problème pour ne pas que l’échec, la défaillance physique et/ou mentale ne se répètent en boucle. Sortir de cette spirale négative sans faire n’importe quoi pour autant.

Je crois que j’ai enfin pris conscience de certaines choses. C’était la grande claque dans la tronche dont j’avais besoin, de celles qui vous font bien siffler les oreilles. J’estime cependant que, malgré ce constat d’échec, tout n’est pas à jeter et qu’il y a tout de même des choses positives à en tirer. Ce n’est pas « tu finis tu es le meilleur / tu abandonnes tu es un raté », loin de là.

Pour botter le cul à l’échec, réfuter carrément son existence, il vous faut trouver l’inspiration, la force de croire en vos capacités et surtout, surtout, vous donner les moyens d’accomplir vos objectifs car au bout du compte, vos excuses et étâts d’âme, personne n’en aura rien à foutre. Vous-même en particulier.

Pour terminer, je vous invite à regarder ce passage d’une minute tourné lors de la Terminorum en Chartreuse l’année dernière. Gary Cantrell, créateur de la légendaire Barkley, nous parle de ce moment crucial, où l’envie d’abandonner est à son maximum et ce qui se passe dans la tête d’un coureur à ce moment-là. Tout y est résumé:

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *