Ironman de Nice : the day I became an Ironman

Ironman de Nice : the day I became an Ironman

Vous le savez Hippolyte prenait le départ de l’Ironman de Nice Dimanche 24 juin. Un Highlight de sa vie sportive et personnelle, il revient pour nous sur cette course défiant toute concurrence et sa préparation un peu bancale.
Dans les épisodes précédents, Hippolyte nous parlait de sa prépa et des nécessités d’un Ironman ainsi que de son avant-course.

Le petit dèj beaucoup trop tôt

Si j’avais très mal dormi entre le vendredi et le samedi, la nuit de samedi à dimanche est calme et le sommeil lourd.
Je n’ai même pas eu envie de snoozer…
Pas tout a fait vrai, j’avais quand même mis 4 réveil et il a fallu la puissance des 4 pour me sortir de ma torpeur. Ainsi qu’un appel de Clémence : C’est dire si mon sommeil était lourd…

La préparation du petit déjeuner se fait en lisant les encouragements que la famille et les amis m’ont envoyé… Je mange mon granola, mes oeufs et clairement je me dis que 4:00 du matin c’est WAYYYYYY TOOOOOOO EARLY…
j’aurai presque envie de me recoucher et oublier que je fais l’ironman aujourd’hui pour pouvoir ne pas manger.

Avec le dossard, il était fourni des tatouages pour nous reconnaitre lors du bike leg. Et stressé comme je suis, je suis obligé d’appeler Poulin pour qu’il m’aide à distance a mettre mes tatouages.
Ce n’est pourtant pas compliqué, c’est comme les tatouages malabar (sauf que la ils sont un peu plus grand et qu’il sont marqué Ironman)

4:45 il est déjà l’heure de partir vers le parc à vélo.

Je vérifie une dernière fois que je n’ai rien oublié et me mets en marche vers la promenade des anglais. Clémence me fait re-vérifier car je stresse vraiment fort (oui elle a eu le courage de me supporté pendant ma prépa et en plus de se lever beaucoup trop tôt pour m’encourager au téléphone)

A cette heure, la population Niçoise se compose essentiellement de jeunes avinés qui se demandent s’il y a un pèlerinage d’haltérophile engoncé dans leur combinaison beaucoup trop petite.

La rencontre de ces deux population a quelque chose de drolatique, d’un côté nous, les triathletes pour la plupart ayant touché une goutte d’alcool pour la dernières fois il y a plusieurs semaines voire mois et de l’autre, ces jeunes qui n’ont pas du voir un verre d’eau de près depuis quelques heures.

Me voila arrivé au parc à Vélo, Clémence me lance ses derniers encouragements et j’éteins mon téléphone en sachant que Gab fera quelques stories sur Instagram pour que chacun puisse me suivre en image.

Je me dirige vers Bobby et regonfle les pneus grâce a la pompe de mon voisin de Rack, je mets mes ravitaillements sur le vélo et enfile ma belle combinaison de nage qui m’aidera à ne pas trop couler lors de ces 3800m de Nage.

La nage beaucoup trop salée

A la queue-leuleu pour rejoindre la plage de galet je retrouve Julien, un pote qui m’aide a finir d’enfiler ma combi et je pars faire quelques battements de jambes dans l’eau pour prendre la température.

L’échauffement touche à sa fin et le speaker hurle déjà que ce sera la plus belle journée de notre vie… Il enjoint les spectateurs encore un peu endormis a nous encourager comme il se doit. Il commence aussi le décompte des minutes avant le départ.

Je l’écoute d’une oreille, je « visualise » ce que mon maitre nageur m’a dit … Aller chercher l’eau le plus loin possible avec les mains et surtout ne pas paniquer. « C’est un Ironman et tu n’es pas Florent Manaudou: ECONOMIE, ok, Hippolyte? » m’avait-il dit la dernière fois.

La corne de brume donnant le départ des Pro retenti et me sors de ma torpeur… Le départ est en Rolling start ce qui permet de ne pas être dans une machine à laver au départ. Les pros (hommes d’abord, femmes quelques secondes plus tard) sont lancés et sont franchement impressionnant. JAMAIS je n’arriverai a faire la meme.

Je pense à Papa qui me disait la veille de m’amuser et que ce n’était que du sport. Sur la droite du départ, je salue Yoann un ami photographe et je me jette à l’eau pour 3800m.

Clairement je n’avais pas de stratégie pour la nat’ et je pars tranquillement en fond de peloton et je pose doucement mon crawl. Je suis étonné car j’arrive à trouver rapidement un rythme de croisière qui me permet de ne jamais m’essouffler, ce que je n’avais quasiment jamais réussi a faire.

Encore plus étonnant, j’arrive a doubler des concurrents qui brassent voire qui font du dos crawlé.
La natation est divisée en deux boucles distinctes : la première d’environ 2500m et la deuxième d’environ 1300m.

Arrivé au milieu de la première boucle je commence a ressentir de la lassitude, qu’est ce que c’est chiant de nager au milieu d’un peloton et de prendre ici un coup de pied, la un face-palm.
Je me suis fortement cogné la tête au travail le jeudi et la bosse qui s’en est suivi se fait encore sentir .

Alors qu’a paris un an auparavant j’avais fait une crise de panique au bout de 250m, il a fallut que j’attende 2000m pour qu’elle arrive, un gentil concurrent me mettra un petit coup de pied bien involontaire sur la bosse qui me fera bien mal quelques seconde et me fera paniquer alors que je suis encore au milieu de la grande bleue.

Je repartirai quelques secondes plus tard, non sans avoir rassuré le bénévole sur son kayak qui s’est enquierait de ma situation.

Un peu plus loin un autre petit malin aura la bonne idée de me retenir par la cheville pour se donner de la propulsion.
Ce £*nnard me permis de boire une belle tasse d’eau que j’avalerai de travers de surcroit… Ô joie… Deuxième petite crise de panique. et deuxième bénévole a rassurer.

Décidément cet Ironman commence mal. La bonne nouvelle en revanche c’est qu’il me reste désormais une dernière ligne droite et chaque battement de bras me ramène un peu plus vers la berge.

A l’arrivée de la swim-leg les bénévoles nous aident à nous relever mais je titube franchement… comme si je manquais de repère et d’équilibre. Il me faudra quelques metres et un passage sous les douchettes de rinçage pour reprendre mes esprit.

Je mettrai 1:31:59 pour boucler ces 3800m d’enfer. Je suis bien content d’en sortir et de rejoindre bobby pour un monologue de 180km.

La transition est un peu longue, il faut que je me sèche et que j’enfile mon cuissard et mon jersey Café du Cycliste porte bonheur.

J’en profite pour boire de l’eau claire car le l’eau salée m’a irrité le fond de la gorge et la sensation est très désagréable.

je sors du parc à Vélo en 10 minutes et enfourche Bobby fièrement pour 180km.

Un vélo Beaucoup trop beau

J’avais déjà fait 180K à vélo a plusieurs reprises. J’avais également fait 2000m de dénivelé a plusieurs reprises.
Oui mais je ne l’ai jamais fait après 3,8k de nage.

Je pars donc prudemment en gardant à l’esprit les mots d’encouragement de Clémence (sois prudent, ne te blesses pas sur le vélo).

Les premiers kilomètres sur la Prom sont magnifiques et m’en mettent plein la vue. Les Nuances de bleues sont sublimes et presque hypnotisantes.
Puis nous entrons dans une sorte de ZAC peu jolie pendant une quinzaine de kilomètres. Un faux plat montant assez roulant mais heureusement que Gabriel m’a prévenu : « ne te mets pas dans le rouge tout de suite, au bout de 20k ça tourne à gauche et la c’est un vrai mur de 500m à 15% alors surtout ne te mets pas dans le rouge »

Déjà sur le bord de la route des accidentés que j’évite de regarder pour ne pas me faire peur.

Effectivement au bout de 20k ça tourne à gauche et c’est effectivement un mur, j’ai tout mis à gauche (petit plateau et grand pignon pour les non-connaisseurs) et pourtant j’appuie encore sur le shifteur pour trouver de plus petites vitesses.

Debout sur les pédales j’ai l’impression que ces 500m ne se termineront jamais, certains des concurrents mettent pied à terre pour pouvoir arriver en haut de cette première difficulté.

En haut les supporter donnent de la voix et sont très encourageants. certains font un peu comme au tour de france et nous aident à nous relancer dans la pente (bien plus faible) et nous poussant.

La montée dure environ encore 20km et elle n’est pas trop compliquée. Je suis doublé par deux russes très sympa qui font leur entrainement. Je me mets dans leur sillage sans trop m’accrocher pour ne pas prendre de carton jaune par un arbitre.
Je dois avouer que Evgueni et Sasha (mes deux russes) m’ont bien tiré dans cette première montée. Ils étaient des points de mire assez régulier.

La route de côte passe par Vence et ce village est sublime, si je tourne la tête a gauche, j’ai une vue magnifique sur la côte d’azur. C’est stupéfiant.
A Tourettes sur Loup on bascule sur une descente de quelques kilomètres et comme c’est un exercice que j’apprécie, je m’engage et double quelques concurrents un peu sur la reserve ainsi que Coco une pote parisienne qui participe aussi pour la première fois.

Cette descente nous mène vers le col de l’ècre morceau de bravoure de 20km. J’attaque la montée, toujours dans le sillage de mes russes qui me tirent de loin.
Rapidement je me rends compte que je n’arriverai pas a tenir leur rythme et me laisse doucement décrocher. Evgueni, grand échalas d’un bon double mètre fera plusieurs aller-retour dans la montée pour venir m’encourager et me tirer un peu.
Il me confiera au bout de cinq ou 6 aller retour qu’il ne le fera plus et je le remercie de son soutien.

Le paysage est sublime mais il fait une chaleur de bête, j’ai déjà le maillot grand ouvert comme pouvait le faire Jan Ulrich dans mes souvenirs.

A plusieurs reprise je me demande à voix haute comment les cyclistes font pour s’infliger ça 3 semaines d’affilées.
Avec un dénommé David (c’est marqué sur son dossard) on se double et se rattrape a plusieurs reprise et entamons la « discussion » jusqu’en haut du Col.

C’est à cette endroit qu’est placé le ravito Perso, l’endroit ou je récupère mes compotes pom’potes favorites et mes barres chocolatées pour le reste de l’étape vélo …
A ce moment la Coco arrive et gentiment elle me propose de partager un sandwich parce qu’elle a trop prévu. (Merci Mille fois Coco)

Je reprends le vélo sur le plateau et le paysage est absolument sublime, je prends le temps d’apprécier car ce n’est pas a Paris que j’aurai un spectacle aussi grandiose.

Régulièrement je me mets sur les prolongateurs pour reposer un peu mes bras qui malgré tout travaillent un peu dans les montées. Le soleil est au rendez vous et cet Ironman est en train de se transformer en rôtissoire de grande qualité.

« Tu verras, après le 90k c’est fini les montées » m’avait lancé Gab. Il avait pas tout a fait tort mais pas tout a fait raison non plus. Il reste deux petite côtes. Si le col de l’Ecre est une côte de boeuf maturée qui s’apprécie longuement, les deux dernières sont des côtelettes d’agneaux qui se dégustent en quelque coup de fourchette.

Oui a ce moment la je commence a rêver d’un bon gigot, d’une belle grillade, parce que tout le coca, toutes les barres Cliffs au chocolat, et toutes les compotes de pommes commencent sérieusement à me sortir par les yeux.

Je croise Matthieu, le copain de Coco sur le bord de la route. Il prend le temps d’immortaliser ce passage au col de Vence avec quelques photos et surtout pleins d’encouragements. il m’annonce qu’il ne me reste qu’une dernière petite montée et qu’ensuite ce n’est QUE de la descente.

On est au 120e KM et je me parle a haute voix en disant : « Pu#@1n, ça a l’air plus simple quand il le font a la télé en juillet, peut être que c’est l’EPO?  » J’arriverai à tirer un rire à un petit comit&é de supporter situé en haut de ce raidard

Ca y est on attaque la descente et comme j’ai un poids de phacochère, c’est un peu mon exercice préféré. Le Pumba en moi attaque la descente a toute berzingue et je redouble les petits gabarits façon Timon qui m’avaient doublé dans les montées.

Je double aussi quelques voitures qui roulent sur le parcours (Ne t’inquiète pas Maman, j’ai été prudent). Un arbitre me fera une remarque, me demandant simplement de ne pas finir dans le mur.

Le retour sur Nice est tout aussi agréable que la montée, mais a une vitesse bien plus rapide. La vue sur la grande bleue est magnifique, je me hâte de rejoindre la prom’ ou le vent commence a se lever.

Je bouclerai les 180k de cette Ironman (173 exactement ) en 7:23:54 de beauté spectaculaire.

Ironman de Nice : Un marathon beaucoup trop mouillé

Parce que Oui, un Ironman c’est tranquille posé: 3800m de natation, 180km de vélo et pour bien t’achever 42,195m de course à Pied…

T’avais envie de te lancer? petit conseil, réfléchis-y quelques minutes avant d’appuyer sur « REGISTER NOW »

Je repose Bobby qui m’aura bien tanné le cuir des fesses à son spot (rack 16 place 777, vous vous souvenez?) et je pars me changer.

Oui vous avez bien lu, je me change, je n’ai pas mis de trifonction, cette combinaison qui fait comme son nom l’indique maillot de bain, cuissard de vélo et course a pied.
Je n’en ai pas mis car je n’ai pas trouvé de modèle qui me plaise et qui ne porte pas trop atteinte a ma masculinité (j’ai encore envie d’une descendance).

Une fois changé sous la tente, je m’en vais vers le circuit dessiné sur la prom’ et au même instant j’entend qu’Edouard, un pote vient d’en terminer en 9:40 et des bananes.

Il vient de terminer son Ironman en moins de temps qu’il m’en a fallu pour seulement rejoindre le circuit de course à pied.

Ce circuit d’ailleurs, une boucle de 10km aller -retour sur la promenades des anglais avec des stands de ravitaillements tous les 1700m a peu près.

Ma stratégie ce résumera pour le moment à courir 1700m et a m’arrêter à chaque ravitaillement. ce qui fonctionnera à merveille sur les deux premiers tours.
Depuis que j’ai posé le vélo, le temps tourne et quelques gouttes se font sentir depuis le 8e kilomètre. J’ai déjà croisé Gab une première fois à son stand de ravitaillement et il m’encourage en me disant que c’est beau ce que je fais.

Au début du deuxième tour la pluie décide de redoubler d’intensité, moi qui n’aime pas le chaud, je suis servi, la température chute de quelques degrés.
Que la chaleur tombe un peu c’est parfait en revanche, la pluie me détrempe les chaussures et plus ça va plus mes chaussures font « floc floc » et ça je DETESTE.

J’essaie de me concentrer sur les encouragements de Clémence (t’es une petite machine tu n’as pas fait tout ça pour ne pas voir l’arrivée).
Pour être tout a fait franc il y a toute une partie du Run dont je nome souviens pas très bien, comme si j’avais été complètement absent de mon corps.

La pluie transforme le run de cet Ironman en galère intersidérale et je commence a avoir froid. Je croise Gab qui me file un verre de coca, et qui me filme ensuite. Je lui dis que j’en ai plein les bottes et qu’en plus ma garmin s’est éteinte. Ce a quoi il me répond qu’il me reste 12 kms donc que je ferai bien de recommencer a courir rapidement pour voir l’arrivée avant la nuit et qu’en vrai on s’en balance de ma montre. Ce qui importe c’est l’arrivée

C’était secrètement mon but, je savais pertinemment que je n’avais pas les moyens d’arriver pour le gouter ni pour l’apéro mais je voulais absolument arriver avant la nuit.

Je récupère mon dernier chouchou et entame mon dernier tour, je sais désormais que je verrai l’arrivée. Je croise sur le bord Matthieu le copain de Cooco qui me donnera de beaux encouragement et coupera quelques metres avec moi puis plus loin je croise Edouard qui m’apprends qu’il est qualifié pour Kona.

Moi la seule chose pour laquelle je veux me qualifier pour le moment c’est une longue nuit de sommeil. L’avant dernier passage au niveau du stand de Gab me fait chaud au coeur, tous les bénévoles crient mon nom.

Depuis le début, mon rituel au stand de ravitaillement se résume à : Un verre de Saint Yorre, Un verre de Coca, deux Tucs, et un verre d’eau plate.
Celui ci ne changera pas jusqu’au dernier ravitaillement. J’ai l’impression qu’hormis le Coca rien de sucré ne pourra plus entrer dans ma bouche sans risquer un arrêt technique.

Il ne me reste que 5 kilomètres c’est le dernier demi-tour au niveau de l’aéroport de Nice. Et la pluie disparait enfin.
Tous les bénévoles sont d’une gentillesse incroyable alors qu’ils ont subi les affres de la météo comme nous. Ils nous encouragent tous sans distinction et avec une force de conviction impressionnante.

Dernier passage au stand de ravitaillement de Gab et celui ci décide de m’accompagner sur les derniers kilomètres. « Mec t’es Ironman il te reste deux petits kilomètres et c’est FINI » « c’est beau ce que tu as fait » « Si tu savais comme tu es impressionnant »

La tout de suite je sais que je vais finir cet Ironman, mais franchement mon allure n’a rien d’impressionnant, je suis tordu dans tous les sens et ce ne doit pas être beau à voir…

Il ne dit encore une fois que c’est fait et j’éclate en sanglot. Comme si dans ces quelques mots, il avait réussi a resumer ces 8 mois d’entrainements et ces 14:07 d’effort.

Il me quitte a 500m de l’arrivée pour filmer mon arrivée et je pleure de plus en plus fort. Les applaudissements de la foule me portent et je sprint jusqu’a l’entrée du tapis rouge.

4 ans sont passé et je ne me suis jamais senti aussi libre qu’aujourd’hui. Il y a quatre ans je regardais le ciel au travers de barreau et cette idée me revient en boomerang au moment ou je m’apprête a rentrer sur le tapis.

Je leve les bras en l’air, je l’ai fait et je saute en l’air avec un cri libérateur qui exprime la moitié de ce que je ressens réellement.
J’ai réussi et le speaker dit : »HIPPOLYTE, YOU ARE AN IRONMAN »

Je m’écroule au sol et je pleure comme un gamin qui vient de réaliser son rêve. Je n’y crois pas. JE SUIS UN IRONMAN.

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